coupe de cheveux et regard des autres

Changement de coupe et regard des autres

Quand je suis passé du long au court, je ne m’attendais pas à ce que ça change autant de choses. Dans le regard des autres, et dans le mien aussi. J’en ai discuté autour de moi, et j’ai découvert que je n’étais pas la seule à remarquer qu’un changement capillaire, ce n’était pas « juste une coupe ». J’ai donc demandé à quelques copines de se joindre à moi pour discuter de nos coupes courtes, longues, à frange, et de couleurs : blond, roux, gris, rose ou bleu… qu’est-ce que ça change, une coupe de cheveux ?

Marieke : expérimentations et acceptation de soi 

marieke roux curly by coco

Je ne suis pas à proprement parlé un caméléon capillaire, mais comme sûrement la plupart d’entre vous, je suis passée par différentes étapes – certaines joyeuses et d’autres désastreuses – avec mes cheveux. Et cela m’a valu bien des expériences qui m’ont confrontées au regard des autres et à ma propre identité.

Déjà à la maternité, ma chevelure prêtait à controverse. Imaginez : mes parents coiffaient ma touffe noire en crête punk pour célébrer leur côté rock alors que ma grand-mère n’hésitait pas aplatir tout cela à l’aide un bandeau rose. A leur plus grande surprise, mes cheveux ont vite poussé, lisses et blonds. J’étais ainsi métamorphosée en une parfaite petite poupée ; une tête à coiffer qui ne porterait désormais qu’une seule et unique coupe : le carré court à frange. Afin d’entretenir ce casque, les rendez-vous chez le coiffeur se sont enchaînés. Le salon de coiffure s’est alors transformé en un lieu de construction de ma féminité, avec un côté quelque peu aliénant.

Évidemment, à l’âge ingrat, j’ai voulu casser cette image de fille parfaite. Résultat : plus aucune visite chez le coiffeur pendant une longue période. Les réflexions ne se sont pas faites attendre: « Cousin Machin »,  » on dirait un Rolling Stone », etc . S’est ensuivie une courte période de  rédemption auprès de mon entourage, avec la coupe Rachel Green qui m’a valu l’attention des garçons.

Ah ! Le regard des hommes… Changeant selon les couleurs et longueurs. Blonde : on me renvoie l’image d’une fille facile, futile et fun. Brune: on m’identifie à un prix Nobel de littérature. Rousse, on me hisse au rang de sorcière. C’est assez bizarre de voir à quel point une couleur de cheveux ou une coupe peut influencer le regard des autres et surtout des hommes. Et leur longueur? Long, tout roule. Court ?!! Ouille ouille ouille. Le passage à la coupe garçonne réalisée à la tondeuse a provoqué le plus de réactions de proches et d’étrangers, touchant à la fois à ma féminité et à ma sexualité. « Pourquoi tu as une coupe de lesbienne ? ».

Bien sûr, au début, ce regard me choquait terriblement puisque sous ces cheveux, j’étais toujours la même. J’étais bien naïve d’avoir oublié les nombreuses symboliques religieuses ou sexuelles attachées à la chevelure féminine. J’ai fini par m’en amuser. On peut à la fois contrôler son image et celle-ci peut aussi nous échapper. On peut  comprendre qui l’on est et jouer avec son apparence pour ne pas renier au plaisir libérateur du regard d’autrui. Et puis, ce ne sont que des cheveux ! 

Catherine, sérénité et vie en gris

catherine cheveux gris
Moi, Catherine, 38 ans, grisette !

J’ai décidé d’arrêter de me teindre les cheveux. C’est arrivé assez brutalement, la décision s’est imposée d’elle-même après la lecture d’un livre. J’ai pas eu de folie capillaire dans ma vie, mise à part l’adolescence. J’y avais essayé henné et coloration chimique, et puis j’avais écouté ma mère qui me disait avec amour  » ta couleur naturelle est bien plus belle que les autres. » Quelques coiffeuses avaient continué sur cette lignée allant même jusqu’à la qualifier de blond cendré ! Mouais. Les premiers cheveux blancs ont fait leur apparition assez tôt, 23 ans, lors de ma première période de chômage. Mais bien planqués et ayant le bon goût de rester groupés, ils ne me dérangeaient pas le moins du monde.

Puis les années passant, ils se sont multipliés jusqu’à il y a deux ans, où un peu trop présents, un peu gênée à leur vue, je décide de passer aux colorations végétales. Je trouve une coiffeuse adorable qui me met en confiance. C’est assez rigolo, ça pue les épinards, ça me permet de me rapprocher du blond l’été, du roux l’automne et du brun l’hiver. Jusqu’à ce que…
Je mette le nez dans  » Sorcières, la puissance invaincue des femmes » de Mona Chollet. Elle y parle évidemment de l’histoire de la sorcellerie, et des procès injustes qui ont tué beaucoup de femmes et même d’hommes. Et puis surtout elle parle des sorcières d’aujourd’hui, celles qui sous de nouvelles formes, résistent au patriarcat. Elles sont célibataires, ou sans enfants, et s’acceptent vieillissantes. En acceptant rides et corps qui change, elles font fi de l’injonction à l’éternelle jeunesse qui nous occupent plutôt pas mal et surtout, allège notre porte-monnaie.

C’est là. En lisant ces lignes où elle cite Sophie Fontanelle, journaliste à ELLE qui assume sa crinière grise, que je me rends compte que je trouve jolies les filles de mon entourage qui osent porter leurs cheveux au naturel, que ça leur va bien. Qu’Elizabeth Quin est très belle avec cette couronne blanche autour de son visage malicieux. Qu’elle ne fait pas vieille peau pour autant. Et moi,  je ne sais même pas si je me plais avec la mèche blanche qui s’étire sur la droite de mon front. C’est grave de même pas se poser la question ! Alors j’ai décidé d’arrêter. Tout à fait sereinement, bien dans mes baskets. Et ô surprise : je me plais ! Et mon copain qui était pas très chaud à l’idée, me trouve belle aussi. Et mon compte en banque aussi dis donc !

Voilà, comment j’ai réussi à tordre le cou à un injonction de la société, pour faire ce que moi, je voulais.

Cécile, du bleu, du rose et de la confiance en soi

cecile cheveux bleus

De base, j’ai les cheveux bruns. J’ai commencé les couleurs vers mes 18ans. Au début j’ai fait des mèches rouges, c’était sympa mais je cherchais plus coloré  : je voulais quelque chose qui tape en terme de couleur, du flashy ! Vers mes 26 ans, j’ai décidé de faire des beaux mélanges : mes tons restaient toujours autour du bleu, violet ou rouge. J’adore ça . Et in fine j’ai fait du rose ! J’ai adoré aussi !
coupe de cheveux rose
Je me voyais différemment, j’avais l’impression d’être mieux,plus en confiance. Le regard des autres je l’ai toujours trouvé énervant. Et là, ben je m’en souciais plus du tout. Parce que c’était ce que j’aimais ! Je me trouvais jolie et ça me plaisait, du coup j’étais aussi plus confiante. D’ailleurs c’est à cette période que j’ai effectué pas mal de changements dans ma vie, notamment professionnels.Les autres… me remarquaient parce que j’avais choisi des couleurs super flash. Dans la foule ça ne changeait pas grand chose. Les gens se retournait dans la rue mais en vrai je ne fais plus tellement attention à ça… Mes amis et ma famille n’ont pas changé de regard ni de comportement.Les remarques que j’avais c’était « ah ouais ! C’est … C’est rose, quoi !  » mais c’est surtout maintenant que j’ai le plus de commentaires ! « Ah t’as abandonné tes couleurs ? » « Ah mais je t’ai pas reconnu sans tes cheveux roses ! ». Et puis bien sûr t’as les gens qui ne comprennent pas trop où qui te donnent des leçons… « ça va te bousiller les cheveux« , « tu finiras chauve à 30 ans« … et des sourires en coin en mode « tu verras !.

Vanessa, une coupe courte et la fin du harcèlement de rue

coupe courte
Je suis passée du long au court, et, en parallèle, du lisse au bouclé. J’ai tout coupé pour faire un don de cheveux, mais également pour retrouver ma vraie nature de cheveux, retrouver les boucles de ma jeunesse et mettre fin à quinze ans de lisseur quotidien. Je ne m’attendais pas à ce qu’une simple coupe de cheveux change autant le regard des autres.

Au début, c’était bizarre :  je me trouvais moins jolie, mais plus moi ! J’ai ressenti le besoin de compenser ma coupe courte avec beaucoup de maquillage, du rouge à lèvres quotidien, des tenues plus « féminines« , même si ce terme ne veut pas dire grand chose. En parallèle j’aime le fait d’avoir une vraie coupe affirmée, donc ça joue aussi sur ma confiance en moi. Aujourd’hui j’ai vraiment l’impression que c’est la coupe qui me ressemble le plus, qui renvoie l’image la plus en accord avec ma personnalité.

Dans le regard des autres, ça change beaucoup de choses. Je l’ai ressenti dès les premières minutes, c’était très bizarre. Il y a une sensation étrange quand on constate que les autres nous jugent différemment alors qu’on a absolument pas changé.

Il y a des aspects positifs : au travail, j’ai senti que les clients me pensaient plus capable, ils étaient plus à l’écoute de ce que j’avais à dire. Je renvoyais une image plus professionnelle, moins « fifille ». Peut être que je fais plus mon âge aussi, ça m’apporte plus de crédibilité.

pixie cut curly

Le plus étonnant, c’est que je n’ai quasiment pas subit de harcèlement de rue depuis ma coupe. Avant, ça arrivait au moins une fois par semaine : un mec lourd dans le métro, quelqu’un qui t’arrête dans la rue… Je pense que ma coupe courte fait un peu plus « peur » aux hommes, je renvoie l’image d’une fille qui a du caractère. Certains proches m’ont dit que ça me rendait « impressionnante« . Peut être aussi que cette coupe me sort des standards de beauté, que tous les hommes ne s’imaginent pas au bras d’une fille aux cheveux courts. En tout cas, c’est un vrai confort, et les remarques non sollicitées ne me manquent pas !

Côté négatif, je ressens une distance de la part des autres femmes. Je me sens dans le rôle de la prédatrice, je vois les femmes adopter avec moi des comportements qu’il m’arrive d’avoir avec les hommes : mettre de la distance tout de suite, de peur d’être draguée ! Bien sûr, comme Marieke, il y a eu des blagues lourdes sur mes préférences sexuelles, le surnom « miniboy ». Et la palme de la meilleure réaction est attribuée à ma mère, paniquée « mais POURQUOI tu as fait ça ?« .

Aujourd’hui je ne sais toujours pas si je veux repasser au long ou garder le court. Ce qui est certain c’est que je suis contente d’avoir changé. C’est intéressant d’interroger, de questionner sa féminité. Avec une simple coupe j’ai appris beaucoup sur moi, et encore plus sur les autres !

Et vous, qu’avez-vous découvert en changeant de coupe ?

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